POLLUTION PLASTIQUE : pourquoi continuer la recherche scientifique dans les gyres océaniques ?

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 screenshot_220Depuis 2010, l’ONG « Expédition 7eContinent » et son fondateur Patrick Deixonne organisent des expéditions scientifiques dans les gyres océaniques pour mieux comprendre le phénomène d’accumulation de plastique dans les océans. Mieux comprendre pour ensuite mieuxsensibiliser le grand public à l’importance de cette pollution et à la nécessité de développer le recyclage et la valorisation du plastique pour éviter qu’il ne finisse dans les océans. 

Expédition 7eContinent : un navire et un équipage dédiés à la recherche sur la pollution plastique en mer depuis 2010

En 2009, Patrick traverse l’Atlantique à la rame. A l’occasion de ce défi sportif, cet amoureux Version 2de la mer est stupéfait par la multitude de plastiques flottants à la surface qu’il rencontre sur son périple entre Dakar et Cayenne. Intrigué, il décide d’en savoir plus et rencontre le navigateur américain Charles Moore et Paul Watson, il comprend que la plastification des océans est l’un des enjeux environnementaux du siècle. Devenu membre de la société des explorateurs français, il s’engage dans l’organisation d’expéditions maritimes et scientifiques dédiées à la compréhension de la pollution plastique en mer, l’ONG « Expédition 7eContinent » est née.

La pollution plastique est complexe à appréhender dans son ensemble, ses sources sont multiples et ses vecteurs de diffusion nombreux. Une chose est sûre : une fois dans l’océan, le plastique se fragmente progressivement, il colonise l’ensemble du milieu marin et se concentre en partie au sein des 5 gyres océaniques, vastes zones tourbillonnaires nées de la rencontre des grands courants marins. Expédition 7eContinent cherche à comprendre le cycle de la pollution plastique : comprendre comment cette pollution évolue et est susceptible de circuler à travers les milieux sur plusieurs milliers de kilomètres de la mer à la terre et vice versa.

La première expédition a lieu dans le gyre du Pacifique Nord en 2012, elle a permis de mettre en évidence une forte concentration en plastiques de petite taille, les microplastiques qui forment une véritable soupe de plastique sur toute la colonne d’eau du gyre océanique. Les expéditions s’enchaînent, en 2014 et 2015 l’ONG se rend dans le gyre de l’Atlantique Nord. Ces aventures maritimes permettent d’emmener sur place des scientifiques de plusieurs organismes de recherche et issus de différents projets : CNES, CNRS, MERCATOR, Universités, etc.

Un nouveau voilier océanographe dédié à la recherche, la goélette « 7eContinent » sera engagée dans une nouvelle expédition scientifique en 2019 : la mission ATLANTYS

P1140758 (1)En 2018, l’ONG s’est dotée d’un nouveau voilier, une Goélette de 27 mètres qui a subit d’importants travaux d’aménagement pour accueillir un laboratoire de prélèvement ainsi que de nombreux équipements lourds tel qu’un drône sous-marin devant permettre d’aider à cartographier la présence de plastique dans toute la colonne d’eau.

La mission « ATLANTYS » est prévue à partir d’octobre 2019 dans le gyre de l’Atlantique Sud. Ce sera la première fois qu’une ONG française rejoindra le gyre de l’Atlantique Sud pour y effectuer de la recherche sur la pollution plastique. Durant cette mission les axes de recherche scientifique porteront sur la fragmentation de plastique en Nanoplastiques. Il s’agira par exemple de comprendre ce que deviennent les Nanoplastiques dans les gyres et si comme les débris de plastique ils sont retenus dans les gyres océaniques ou bien s’ils sont susceptibles de revenir vers la terre.

Trois scientifiques prendront part à la mission ATLANTYS à bord de la goélette « 7eContinent » :

  • Alexandra Ter-Halle (CNRS, Laboratoire des IMRCP, Université Toulouse III Paul Sabatier) et responsable scientifique de l’ONG ;
  • Jean François Ghiglione, Directeur de recherche CNRS au sein du Laboratoire d’Océanographie Microbienne (LOMIC) de l’Université́ de la Sorbonne ;
  • Yann Ourmière, (Institut Méditerranéen d’Océanologie, Universités Toulon Aix – Marseille).

Rétrospective des découvertes scientifiques réalisées grâce à Expédition 7eContinent : de la présence des nanoplastiques aux métaux lourds

 A partir des prélèvements effectués dans le gyre de subtropical de l’Atlantique Nord les scientifiques du CNRS, au laboratoire des Interactions Moléculaires et Réactivité Chimique et Photochimique (IMRCP) à l’Université Paul Sabatier de Toulouse, prouvent pour la première fois la présence de nano particules de plastiques grâce à la spectrométrie de masse.

Photo12_Copyright_Expédition7èmeContinent_VinciSatoCes particules de tailles très diverses, entre 100 et 800 nm, sont un mélange de polyéthylène, de polystyrène et de polychlorure de vinyle ; leur signature chimique n’est pas naturelle. Jusqu’à cette découverte, on pensait que la fragmentation s’arrêtait à l’échelle des microplastiques. La fragmentation à l’échelle nano est une découverte de taille qui permet d’envisager la dissémination du plastique dans l’ensemble du vivant et de la biodiversité et de ses dangers en termes de toxicité.

Les recherches effectuées sur les prélèvements ont aussi permis d’améliorer la connaissance relative aux organismes microscopiques qui ont élus domicile sur les microplastiques : « la plastifère ». Notamment, les observations réalisées à partir des échantillons prélevés lors des expéditions mettent en évidence la présence de micro algues unicellulaires accrochées aux microplastiques.

Enfin, les scientifiques impliqués dans les expéditions ont récemment mis en évidence une très forte concentration en métaux lourds contenus dans les microplastiques, bien plus que dans les emballages plastiques classiques. Les microplastiques auraient donc une propension à fixer les métaux lourds ce qui accentue leur effet néfaste sur l’environnement et le climat notamment à cause du phénomène d’évaporation.

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